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                                   Cinquième partie: LA RÉALISATION DU TATOUAGE


73. Quelle hygiène des mains faut-il appliquer ?

En ce qui concerne l'hygiène des mains, il existe 2 types distincts de lavage:
- le lavage simple : avec un savon doux séchage, durée du savonnage 15 secondes environ et séchage avec un essuie-mains à usage unique,
- le lavage antiseptique: un savon antiseptique liquide, savonnage de 60 secondes et séchage avec un essuie main à usage unique.

Il existe maintenant une autre possibilité pour assurer une désinfection des mains : il s'agit d'une friction avec une solution hydro alcoolique. Ce peut être une solution transitoire lorsque le point d'eau se trouve à distance du stand de tatouage (exemple: convention de tatouage). Le mode d'application est strict, et après 5 frictions (en moyenne) le lavage des mains est préconisé.

Les mesures d'hygiènes à respecter sont simples, mais impératives:
- pour le tatoueur : le port de gants d’examen est obligatoire. Mais cela ne suffit pas pour garantir une pratique sans risque. En effet, il faut avant tout une bonne hygiène des mains : le port de bijoux autres que les anneaux lisses est totalement proscrit. Lors du retrait des gants (ou avant la pose), après un passage aux toilettes, un lavage simple des mains s’avère nécessaire.
- pour le tatoué : lors des soins post-tattoo une bonne hygiène des mains est nécessaire: un lavage simple est suffisant, l’usage de serviette de toilette est proscrit (véritable nid à microbes).


 

74. Comment obtient-on des ombrages ?

Un ombrage est un dégradé de noir (ou d'autres couleurs) pour obtenir du volume, donner du relief. L’apport d’une ombre fait également ressortir la lumière.
Les ombrages s’obtiennent en dispersant les points d’encrage, du plus sombre vers le plus clair, du plus profond au plus léger.


Certains tatoueurs travaillent les ombrages avec de l’encre diluée pour obtenir un plus joli modelé, notamment dans les portraits, mais avec cette méthode, l’encre aura tendance à s’estomper voire quasiment disparaître dans les 10 ans. Pour ma part, je privilégie l’emploi d’encre pure pour l’ombrage : votre tattoo sera le même jusqu’à la fin de vos jours.

 

 



75. Comment obtient-on un dégradé d’une couleur vers l’autre ?

Les dégradés s’obtiennent en piquant comme un ombrage. Puis pour dégrader vers une autre couleur, il suffit de combler les interstices d’une couleur avec l’autre afin de combiner les teintes, comme dans un effet à l’aérographe.


 

76. Pourquoi mon tattoo n’est pas noir intense ?

La couleur ne sera jamais aussi vive qu’au premier jour, du fait que l’épiderme s’est reconstitué, après complète cicatrisation, cela agit comme un filtre visuel.

Voici une expérience très simple pour mieux comprendre :
- prenez une feuille noire,
- posez dessus une feuille de papier calque
- résultat : visuellement votre feuille apparaît gris foncé alors qu’elle est toujours noire !!!

Donc plus votre épiderme est épais et pigmenté, plus l’aspect de votre tattoo peut être modifié. Pour exemple, l’encre noire peut être vu bleutée, verdâtre, gris foncé, ou noire.


 

 


77. Comment se fait un tatouage ?

Après un dessin préalable sur la peau avec un feutre ou l’application d’un « calque » ou « stencil », le tatoueur commence toujours par définir les contours du motif avec une machine équipée de 3 aiguilles (voire 5, 7 selon sa pratique et le motif ) afin d’obtenir des tracés bien nets et linéaires.

Du fait de l’écoulement sanguin et du rejet d’encre, le tatoueur risque de souiller le motif (à réaliser) s'il ne fait pas attention au positionnement de ses mains.

Pour éviter cela, il commencera donc en bas à droite et montera en diagonale pour finir en haut à gauche, s’il est droitier et inversement s’il est gaucher.

Le remplissage se fait ensuite avec une machine équipée de 7 à 45 aiguilles selon la taille du motif, et les habitudes de travail du tatoueur. On commence toujours par la teinte la plus foncée pour finir par la plus claire, afin d’éviter de souiller la couleur précédente.

 

78. Pourquoi le tatoueur tend-il la peau ?

Au vu de la vitesse à laquelle les aiguilles rentrent dans la peau (de 80 à 180 fois/seconde) il est nécessaire de bien tendre la peau, sinon les aiguilles risquent d‘accrocher et de déchirer celle-ci. Cela peut être assimiler à de la couture avec une machine à coudre: si le tissu n'est pas assez tendu, il y a bourrage de fil. En matière de tatouage, cela fera des cicatrices.

 

 


79. Est-ce que se faire tatouer fait mal?

La question de la douleur est l’éternelle question : "Est-ce que ça fait mal ?"….

Il faut se faire une raison: OUI, SE FAIRE TATOUER FAIT MAL!!!!

MAIS… c’est largement supportable, question de motivation !!!

 

80. Ça fait mal comment ? à quoi ressemble la douleur ?

La douleur ressentie est inexplicable, c'est une notion très subjective. Chaque personne a une sensibilité et résistance différente face à la douleur.

Cependant, la sensibilité d’un tatouage est aussi fonction de l’endroit: donc de la finesse de la peau et des terminaisons nerveuses.

Certains comparent la douleur à une brûlure, à une coupure ou à une incision, les femmes le plus souvent l’assimilent à l’épilation électrique… D’autres la comparent à un plaisir, à une satisfaction de voir leur projet aboutir…

 

 


81. Quelles sont les zones les plus douloureuses ?

Quels sont les endroits où çà fait le plus mal ?
- partout où la peau est fine comme l’intérieur du bras, le pli de l'aine…
- les parties où les os sont très saillants: à cause des vibrations
- les zones où les terminaisons nerveuses sont très importantes: comme les extrémités, la colonne vertébrale (n’oubliez pas que la colonne commence à la tête et finie au coccyx).

Il faut prendre conscience des « zones sensibles » avant d’aborder un tatouage, être sûr de sa motivation qui permettra d'accepter la douleur lors de la séance.

Pour exemple : dans la réalisation d’un « bracelet », vous sortirez différent de la séance après avoir vaincu votre appréhension et surmonter les « chatouilles ». Votre regard sera différent envers ceux qui n’ont pas osé faire le tour de bras, qui ne sont pas allé jusqu’au bout de la démarche.

 

82. Existe-t-il des zones plus difficiles à tatouer ?

Il existe des zones plus délicates à tatouer. Ce sont les endroits difficiles d’accès où la peau est en général plus fine. Il faut faire plus attention à la profondeur de pique, car le risque d’éclater la peau et de diffusion de l’encre est plus grand. De plus les zones étant plus sensibles, le risque de mouvements inappropriés est majoré.

Certains tatoueurs refusent de tatouer ces zones délicates et sensibles :
- l'intérieur de bras: mais il n’y a rien de plus risible, à mon avis, que de voir un bracelet pas fini,
- le ventre: zone très difficile à tendre et très extensible, la respiration doit être maîtrisée et l'apnée obligatoire,
- les côtes: zone avec une très grande finesse de peau et qui s’apparente à de la tôle ondulée,
- le pied: zone à peau très fine et très innervée.

Si on refuse de vous tatouer ces zones, le mieux est de changer de tatoueur. D’autres se feront un plaisir de vous satisfaire. C'est juste une question de motivation de part et d’autre!!!


 

83. Qu'est-ce qui est le plus douloureux dans le tatouage ?

Lors de la réalisation d’un tatouage, les premières minutes sont les plus douloureuses. En effet, il faut le temps de connaître, s’habituer et accepter la douleur. Ensuite, il y a une sécrétion naturelle et systématique par le cerveau d'endorphine : produit proche de la morphine.

Il semble donc que l'étape la plus sensible est le tracé, et la moins sensible : le remplissage ou l’ombrage.

 Le tracé est plus sensible pour plusieurs raisons:
- il y a moins d’aiguilles (3), la douleur est plus aiguë
- plus le trait est long, plus la douleur se propage : si le trait fait 10 cm, la douleur se crée sur 10 cm
- la peau n’est pas encore « chaude », inflammée
- l’endorphine n’est pas encore présente

 le remplissage ou l’ombrage est moins sensible car:
- il y a plus d’aiguilles (de 5 à 45), la douleur est moins aigue
- la progression se fait mm par mm, la douleur se propage doucement
- le corps et la tête ont assimilé le degré de douleur, l'endorphine est sécrétée.


 

 


84. Pourquoi le nombre de couleurs joue dans la douleur ?

Le fait d’appliquer plusieurs couleurs devient plus douloureux dans le temps. En effet, les couleurs se posent les unes après les autres. De fait, le tatoueur revient plusieurs fois sur des zones déjà tatouées et à la longue la sensibilité devient plus exacerbée.

 


85. Comment gérer la peur de bouger ?

Le risque de bouger est réel, et on peut avoir peur de ses réactions face à la douleur lors de la réalisation d’un tatouage.

Effectivement, sous l’effet de la surprise, on peut avoir peur de bouger, de sursauter, mais si le tortionnaire est un tant soi peu attentionné, une fois le matériel prêt, et les gants mis voilà ce qui devrait se passer :
- vous entendrez le bruit de la machine : dernière vérification d’usage du réglage,
- vous entendrez le bruit de la machine : il charge l’encre, vérifie que ça ne « crache » pas,
- il vous appliquera de la vaseline sur la peau,
- il posera une main à proximité de la zone à tatouer et tendra la peau,
- il posera la main qui tient la machine,
- vous entendrez à nouveau le bruit (qui ne sera plus tout à fait le même),
- il vous dira : « on y va ? »,
- vous répondrez d’un hochement de tête, voire d’un grognement,
- et des mots lointains vous parviendront : « je vais commencer par un petit trait… ok ?. »,
- re acquiescement, apnée, battements de cœur « çà y est j’y suis !!!! »,
- et là çà fait... pas aussi mal qu’on vous a dit !!! relâchement, soupir…. ,
- la peau se détend, le bruit s’arrête…çà va ??? on y retourne ??? ,
- et c’est un grand moment de plaisir : l’accomplissement d’un désir, d’un rêve, d’une envie….



86. Et si l'on tatouait sous anesthésie ?

Le problème de se faire tatouer sous anesthésie est une grande question, voire un vaste débat, qui se rapproche d'une autre question: un tatouage doit-il obligatoirement se faire dans la douleur ?
Effectivement on peut tatouer sous anesthésie locale. Pour ma part, en tant que tatoueur, je préfère tatouer une personne qui ne bouge pas et ne perturbe pas la réalisation (donc le résultat du tatouage), plutôt qu’une pile électrique qui sursaute dès qu’on la touche, qui fait dévier mes tracés m’obligeant à repasser plusieurs fois, ce qui allongent le temps de travail donc la douleur par sa durée.

Il existe 2 types d’anesthésie locale concernant le tatouage (sur prescription médicale et uniquement réalisée par des professionnels du corps médical avant la séance) :

- injection sous cutanée : il existe des risques de complications et d’allergie au produit anesthésiant. De plus la réalisation du tatouage devient plus contraignante car la texture de la peau est plus irrégulière, mais le résultat final ne s’en trouve pas modifié.

- par application d’une pommade anesthésiante (par ex : l’Emla®) à l’emplacement précis du futur tattoo 1h00 avant le RDV sous pansement occlusif. La peau se durcit et se tend, ne rendant pas la réalisation du tatouage plus aisé, mais le résultat final n’en pâtit pas.

Le contrecoup de l’anesthésie locale: quand les effets disparaissent, la sensation de douleur est plus importante, car l’organisme n’a pas sécrété d’endorphines.




87. Quelle est l'efficacité des anesthésiques locaux ?

L’efficacité d’une pommade anesthésiante est plus psychologique que physique et dans le cas du tatouage agirait plus comme un anxiolytique.

Tout d'abord, son efficacité est d'environ de 20 minutes, et même un petit tatouage requiert au moins 1h00 de travail pour sa réalisation.

Une anecdote issue de mon expérience personnelle: j’ai tatoué une personne qui par crainte de la douleur avait demandé à sa compagne de lui appliquer 1h00 avant la séance , de l’Emla® à l’emplacement de son futur tattoo. Le tatouage devait se faire sur la colonne vertébrale au niveau des omoplates. Une fois, le tatouage réalisé, environ 1h30 plus tard, et n’ayant rien ressenti de franchement douloureux, il s’est félicité d’avoir appliqué de l’Emla®... sauf que le patch était toujours là, posé au niveau des lombaires !!!







88. Le jour J : comment bien réussir une séance de tatouage ?


Voici quelques consignes, pour être au top le jour venu:

- bien dormir la veille,

- prendre un bon repas avant (ou petit déjeuner, goûter),

- évitez la prise d’alcool, de produits stupéfiants et de certains médicaments (psychotrope, aspirine…),

- arrivez juste à l’heure, pas la peine de « stresser » dans la salle d’attente,

- évitez d’arriver en « bande » : la nervosité est communicative, mais n’hésitez pas à vous faire accompagner,

- si vous avez des doutes ou si voulez des renseignements de dernière minute, n’hésitez pas à en faire part,

- évitez de focaliser sur la douleur,

- adoptez une respiration ventrale : le ventre gonfle à l’inspiration et dégonfle à l’expiration, cela permet un meilleur contrôle de soi et une meilleure gestion de la douleur,

- respirez calmement et éviter de vous agiter,

- n’hésitez pas à demander une pause : cigarette, pause pipi, pause pour faire quelques mouvements: le plus douloureux peut être la position et l’immobilisme.


Le seuil de tolérance à la douleur se situe dans un créneau de 2 à 3H00 selon chacun, après il y a un cap à franchir, un peu comme un second souffle, que l’on franchit ou pas….des personnes se sont fait tatouer plus de 8h00 d’affilée !!!